Éloquence vs Rhétorique : pourquoi on se trompe de priorité
L’éloquence n’est pas une compétence clé pour diriger ou commander.
Bien sûr, la tendance à vouloir l’améliorer coûte que coûte s’explique aisément : nous nous délivrerions de ce mal qui nous tétanise depuis l’enfance – la peur de prendre la parole en public.
Mais en réalité, l’éloquence est secondaire. La rhétorique, elle, est une compétence professionnelle vitale. Elle demande cette disposition d’esprit qu'est l’intelligence de situation. Contexte, enjeu, moment, interlocuteurs, parties prenantes… sans prise en compte des forces en présence, l’éloquence nourrit l’ego au lieu de stimuler l’émulation collective.
L’obsession de l’éloquence nous éloigne de l’objectif : convaincre. Au contraire, la rhétorique nous inspire le choix d’une stratégie au lieu d’une autre, d’arguments au lieu d’autres, de mots choisis au lieu d’autres, ampoulés. Que des silences très éloquents segmentent le discours que je prononce, que de grands gestes pleins d’emphase me transfigurent en prophète habité, voilà qui est au mieux anecdotique, au pire pathétique. En réunion, en assemblée générale, en conseil d’administration, on ne s’adresse pas aux collaborateurs ou aux parties prenantes comme on haranguait les foules à la tribune, autrefois. Le rhétorique est une force qu’il faut mesurer pour atteindre l’effet majeur, emporter l’adhésion.
L’éloquence à tout prix est un narcissisme qui tient l’Autre à distance. Or, parler en public, c’est parler au public. L’art de dire à l’Autre ce qu’il faut, avec les mots qu’il faut, au moment où il faut, c’est ça, la force de convaincre !
David Jarousseau